La France évalue l’efficacité de la cigarette électronique

PHCR Cigarette electroniqueVous l’avez sans doute déjà lu : Le ministère de la santé a décidé d’allouer près d’un million d’euro à une recherche sur la e-cigarette. Cette étude portera sur sa propension à aider les fumeurs à arrêter le tabac. L’idée pour nous n’est pas de relater les faits, de nombreux sites l’on déjà fait cette dernière semaine. Au contraire, nous nous poserons la question des raisons pour lesquelles Marisol Touraine a souhaité financer une étude sur la cigarette électronique. D’autre part, nous jugerons de la pertinence des visées de cette étude et de sa méthodologie.

Ivan BerlinPourquoi une étude sur son efficacité ?

Cette recherche sera confiée au docteur en addictologie, Ivan Berlin, de la Pitié-Salpêtrière et durera deux ans. Les 700 sujets observés seront classés en trois échantillons distincts : le premier groupe sera traité au champix, le deuxième groupe utilisera la cigarette électronique et le troisième groupe fera l’objet d’un traitement placebo, par définition sans effet thérapeutique. Pourquoi baser cette première expérimentation sur l’intérêt de la cigarette électronique dans l’arrêt du tabac ? Pourquoi ne pas plutôt consacrer cette recherche aux risques liés à la cigarette électronique ? Puisque la e-cigarette fait l’objet de nombreuses suspicions à ce sujet, cette étude aurait eu l’avantage de rétablir une fois pour toute la vérité et de faire taire les publications mal intentionnées. Semble t-il, Marisol Touraine ne veut pas prendre le risque que son propre argumentaire soit contesté. La ministre a justifié ses choix politiques par des hypothèses sur les éventuels risques que représente le vapotage : le risque d’inciter à fumer, le risque de normaliser le tabac, le risque de transfert de la cigarette électronique vers le tabagisme. Si Marisol Touraine avait missionné une recherche sur ces questions, la politique qu’elle a souhaité mettre en place aurait pu être ébranlée. Que cette étude aujourd’hui menée conclut à l’efficacité ou à l’inefficacité de la cigarette électronique, peu importe : la ministre Touraine pourra dans tous les cas maintenir sa réglementation et prétexter les mêmes arguments. Précisons que l’eurobaromètre 2015 de la commission européenne avait déjà fait la démonstration de l’efficacité de la cigarette électronique en relevant 6 millions de fumeurs en Europe ayant arrêté le tabac grâce à la cigarette électronique, dont 1 million en France.

cigarette electronique efficaceDes zones d’ombres sur la méthodologie

On sait à quel point les caractéristiques du matériel utilisé ont une importance dans la réussite du sevrage. La configuration de la cigarette électronique (valeur de la résistance, puissance, tension, taille, forme…) et les particularités du e-liquide (taux de nicotine, saveur, proportion PG/VG) doivent être adaptées à chaque utilisateur car elles doivent lui procurer la vapeur, le hit, la saveur et le dosage de nicotine qu’il attend. Sans ces plaisirs, l’utilisateur ne pourra poursuivre son sevrage jusqu’à son terme. Dans un souci de rigueur scientifique, le spécialiste qui dirige une expérimentation est amené le plus souvent à soumettre tous les sujets aux mêmes traitements. C’est la seule manière d’observer le comportement de chaque sujet vis à vis de cette exposition sur un principe d’équité pour ne pas risquer de fausser les résultats. En l’occurrence, tous les sujets, quelque soit la nature et le degré de leur dépendance, seraient contraints d’utiliser la même cigarette électronique. A contrario, cette exigence d’équité aura pour conséquence d’influer sur les résultats observés. Les personnes, qui ne seront pas satisfaits par le matériel qu’on leur assignera, abandonneront leur sevrage et les observateurs en concluront que la cigarette électronique n’a pas été efficace dans leur cas particulier. C’est pourquoi nous invitons le docteur Ivan Berlin a opté pour un protocole scientifique qui prend en compte les spécificités de la vape. Il serait plus judicieux de permettre aux sujets de choisir eux-mêmes leur cigarettes électroniques en fonction de leur ressentis et de leurs besoins. Autre chose : si, au terme de cette étude, la cigarette électronique s’avéra moins efficace que le champix, pourra t-on en déduire pour autant que la cigarette électronique est un moyen de sevrage inefficace ?

Rappelons que la ministre n’a jamais mis en avant d’éventuels dangers chimiques de la cigarette électronique, seulement d’hypothétiques risques au point de vue comportemental. Cependant, la réglementation qu’elle a élaboré, notamment l’interdiction du vapotage dans les lieux publics et les espaces de travail, a eu pour désavantage de jeter la suspicion sur la cigarette électronique et de donner du crédit aux nombreuses campagnes de diabolisation de ces dernières années. Nous avons raté une bonne occasion d’établir, par une étude d’autorité, institutionnelle et financée par l’Etat, la preuve de la moindre dangerosité de la cigarette électronique par rapport aux risques impliqués par le tabac. Si tant est que cette preuve soit nécessaire, au regard du danger inégalable et manifeste de la cigarette et suite aux nombreuses prises de positions de scientifiques en faveur de la cigarette électronique à travers le monde…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*